“J’aime Polanski et je hais la Suisse” de Yann Moix

Yann Moix

Je pensais jusqu’à présent que seul Khadafi haïssait suffisamment la Suisse pour en espérer sa fin, mais c’était jusqu’à ce que je lise son texte, paru sur le site de La Règle du Jeu et dont le texte est à paraître dans son livre La Meute le 24 février prochain.
Publicité gratuite à bas prix ou haine convaincue, je ne saurais le dire car je ne connais pas le personnage. Je publie donc son texte pour que vous vous fassiez vous même une idée.

Je hais la Suisse.

Roman Polanski, nous venons de l’apprendre, va passer un an de plus dans sa prison suisse. Je dis bien : « prison ». Une prison, ce n’est pas strictement un cachot avec des rats. Une prison, c’est tout prosaïquement un endroit dont on ne peut sortir. D’où on ne peut pas s’échapper. Peu importe que la prison soit une cellule ou un chalet, un terrier ou même un immeuble tout entier. On est en prison quand on ne peut pas être ailleurs. Roman Polanski restera emprisonné en Suisse : c’est la Suisse la prison. C’est la Suisse le bourreau. C’est la Suisse la sentence. C’est la Suisse la trahison. C’est la Suisse la haine et la revanche et la vengeance. Parce que la Suisse n’est pas un pays : la Suisse n’est rien. La Suisse n’existe qu’en détruisant. En neutralisant. Ce n’est pas un pays neutre, non : c’est un pays qui neutralise. Très joli pays qui, pendant la guerre, voyant qu’un peu trop de juifs venaient étrangement faire du tourisme en ses montagnes, a demandé à ce que fût apposé sur les passeports le « J » de Juden. La Suisse n’est pas un pays neutre : c’est un non-pays vendu. La Suisse, ce pays des horlogers, sait manier le temps comme Satan : enfer du temps dans lequel elle neutralise un génie (un an de plus), enfer du temps à l’intérieur duquel, avec une infinie patience, elle guette sa proie : trente-deux ans pour attraper Polanski. La Suisse n’existe pas : pour exister, elle est obligée de faire dans le sale, dans le crade, dans le porno. La Suisse est un pays pornographique. Sales affaires (comptes bancaires, fiscalité), sale comportement (arrestation de Polanski) : tout est propre dans les rues suisses, dans les montagnes suisses, dans les vallons suisses, tout est très propre parce qu’au fond tout y sale dans les tréfonds, dans les fondements, dans les soubassements. C’est un pays qui se vend sans cesse au plus offrant. Qui courbe incessamment l’échine devant le plus fort. C’est un pays qui fait basculer les choses vers le plus dictateur, le plus violent, le plus menaçant. La Suisse ne se donne même pas, comme le feraient des salopes ordinaires : la Suisse se prête au plus fort. Elle prête sa soumission. C’est une pute. Elle ne se donne jamais mais se prête toujours. Elle se prête avec intérêt. Elle se loue. Elle se sous-loue. Elle fait des offres. Elle écarte les jambes quand viennent à passer un officier nazi, ou une très grande puissance comme, par exemple, aujourd’hui, nos amis les Etats-Unis.

La Suisse n’est pas un pays neutre : c’est un non-pays vendu. La Suisse, ce pays des horlogers, sait manier le temps comme Satan : enfer du temps dans lequel elle neutralise un génie (un an de plus), enfer du temps à l’intérieur duquel, avec une infinie patience, elle guette sa proie : trente-deux ans pour attraper Polanski. La Suisse n’existe pas : pour exister, elle est obligée de faire dans le sale, dans le crade, dans le porno. La Suisse est un pays pornographique. Sales affaires (comptes bancaires, fiscalité), sale comportement (arrestation de Polanski) : tout est propre dans les rues suisses, dans les montagnes suisses, dans les vallons suisses, tout est très propre parce qu’au fond tout y sale dans les tréfonds, dans les fondements, dans les soubassements. C’est un pays qui se vend sans cesse au plus offrant. Qui courbe incessamment l’échine devant le plus fort. C’est un pays qui fait basculer les choses vers le plus dictateur, le plus violent, le plus menaçant. La Suisse ne se donne même pas, comme le feraient des salopes ordinaires : la Suisse se prête au plus fort. Elle prête sa soumission. C’est une pute. Elle ne se donne jamais mais se prête toujours. Elle se prête avec intérêt. Elle se loue. Elle se sous-loue. Elle fait des offres. Elle écarte les jambes quand viennent à passer un officier nazi, ou une très grande puissance comme, par exemple, aujourd’hui, nos amis les Etats-Unis.

Je hais la Suisse. Sa gentillesse méchante, sa dégueulasserie bonbon, son calme rempli de dagues et de couteaux, sa surface polie mais comme une lame. Nous voudrions que ce pays relâche Roman Polanski, s’excuse, arrête tout. Nous voudrions que la population suisse ait honte, définitivement honte, pour ce qu’elle fait endurer à Polanski. Que des grèves se déclarent à Genève, à Lausanne, à Gstaad, ou des manifestations. Que les gens sortent dans la rue. Crient. Hurlent. Contre leur « gouvernement ». Autrefois, Alfred Jarry disait (c’est dans Ubu Roi) : « la scène se passe en Pologne, c’est-à-dire nulle part. » Nulle part, ce serait plutôt la Suisse. La Suisse voudrait empêcher que le réalisateur de Chinatown (que je viens de revoir cette nuit et qui est un chef-d’œuvre) continue de nous donner des œuvres d’art. Pourquoi, Suisse, ne laisses-tu pas cet homme partir ? Parce que tu as peur de l’Amérique ? Parce que tu trembles ? Parce que tu suis toute cette meute ignoble, parfaitement aveugle, et qui veut que Polanski représente, pour la nuit des temps, le pédophile par excellence ? Qu’il en soit l’incarnation, le parangon, l’icône ? Suisse, sois digne pour une fois dans ta vie. Suisse, donne-toi une dignité en rendant la sienne à un des grands génies du cinéma qui a suffisamment payé pour quelque chose qui ne s’est pas déroulé comme on le sait, le croit, croit le savoir. Suisse, sois une nation, sois un pays, sois quelqu’un. Sois un homme, Suisse.

Quand il y a la guerre, Suisse, tu te carapates. Tu regardes tes chaussures. Tu vas tranquillement te promener en montagne. Tu respires le bon air parmi les gentils (petits) oiseaux. Rien n’est ton problème, Suisse. Tu n’es jamais concernée. Tu n’es jamais impliquée. Tu n’es jamais inquiétée. Tu n’es jamais là quand on a besoin de toi. Tu es toujours là, sur la planète, mais tu ne sers à rien : tu arrêtes les artistes et tu enrichis les enrichis. Tu ne sais rien faire, sauf pitié. Je te hais, Suisse. Je te demande de m’arrêter, moi, aussi, le jour où je viendrai te voir. Pour cracher sur ton sol immonde.”

Yann Moix

PS: Il y a un groupe sur Facebook qui s’appelle Yann Moix, la Suisse t’emmerde !!!

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17 thoughts on ““J’aime Polanski et je hais la Suisse” de Yann Moix”

  1. Il y avait un avocat sur la radio suisse romande ce matin qui parlait de frustration et de névrose concernant Yann Moix….

  2. “Je te demande de m’arrêter, moi, aussi, le jour où je viendrai te voir”… euh, pas de risque qu’on le reconnaisse, lui. Bof, pub gratuite, surf sur une vague facile, rien d’autre à inventer, ça ne vaut pas vraiment la peine de lui accorder du crédit.

  3. J’ai hésité à mettre son texte en ligne mais je me suis dis que la personne qui veut acheter son livre le fera de toute façon.

  4. C’est consternant !

    Au risque de se répeter, Polanski n’est pas au dessus des lois.
    Les prisons suisses, y a pire! et d’ailleurs il en est deja sorti pour reagagner son luxieux chalet d’hiver…le pauvre!
    Et ça m’etonnerais qu’il ne passe pas la frontière en douce un de ces jours, avant la décision d’extradition. Comme ça Moix et ses amis pourront aller faire des courbettes devant ce cinéaste de génie…

    Amis suisses, au contraire de ce que dit Moix, bravo de savoir rester neutres et intégres! Bravo de savoir prendre des decisions fermes (comme pour l’affaire des minarets) quand l’europe courbe l’échine…(d’ailleurs la suisse n’a pas de leçon à recevoir se sa part, concernant la collaboration pendant la guerre!)

    Moix, heureusement le ridicule ne tue pas….Et bcp de français pense comme moi (sans X…)

  5. C’est violent mais nous sommes beaucoup de français à avoir cet avis sur la Suisse. Pourquoi la suisse et les suisses sont ils riches ? grâce à son industrie ? à son tourisme ?…Non, nous savons tous pourquoi la suisse est riche…Et c’est désolant. Je me rends régulièrement dans ce pays et le trouve consternant. N’allez pas en Suisse Allemande, les ados chantent des chants racistes le jour de la fête nationale…Et les parents écoutent…C’est effrayant..

  6. Cette affaire n’aurait jamais dû être médiatisé.

    Roman Polanski aurait dû être extradé rapidement pour purger sa peine de prison, comme tout citoyen normal.

    La qualité d’un artiste n’excuse pas le crime.

  7. Complètement con ce Moix.
    C’est sûrement un peu pour toutes ces choses dégueulasses que son confrère Polanski est allé s’installer en Suisse, serait-on tenté de penser. Il force trop sur la schnouff le bougre.

  8. Personnellement, je n’ aime pas trop ni la Suisse ni Polanski…..pour beaucoup de raisons connues, et pourtant j’ai du sang Suisse Calviniste dans les veines.
    Voltaire disait deja: “si vous voyez un banquier Suisse sauter par la fenêtre, sautez derriere…il y a sûrement quelque chose a gagner”

    a notre epoque, cela commence a les etouffer….smile!

  9. @ supreme NTM : Tant mieux pour vous, gardez vos stéréotypes pourris et rester dans l’ignorance.

    Ce que je trouve dégueulasse c’est de se faire un avis sur peu de chose, comment peut on se faire un idée de quelque chose sans l’essayer. Et le fait de s’y rendre régulièrement n’est pas mieux. On peut s’y rendre on ne voyant d’un pays que ce que l’on voit de sa fenêtre de voiture, et ne foulez que les quelques centaines de mètre de goudron séparant le parking de la station ou de son travail. Bref que de niaiserie.

    Si vous haïssez tellement la suisse au point de lui cracher dessus, brulez donc vos habits et vos billet de banque, détruisez vos montre et vos voiture, ne mangez plus que des légume de votre jardin. Toute ces choses sont susceptible d’avoir été fabriquée, en partie en tout cas, soit en suisse soit par des machines suisses. Même votre tube de dentifrice à 90% de chance d’avoir été produit par une machine suisse. Et votre manette de nitendo wii contient de la technologie genevoise.

    Voilà pourquoi la suisse est toujours aussi riche, c’est parce que pour rester compétitif les entreprises sont obligée de rester au top et d’avoir une longueur d’avance voir plus sur les japonais et autre ricains. Le nucléaires, ça par contre c’est typiquement français et la Russie en recycle parfaitement les déchets, c’est bien connu.

    Faudrait voir pour se renseigner un minimum avant de raconter n’importe quoi, si on ne s’intéressent pas à quelque chose, ce n’est aucunement une raison pour cracher dessus, de plus, je suis sur qu’il y a aussi partout en France des petit jeunes qui chantent de chants dégueulasses devant leur parents souriant, un soir de 14 juillet (en tout cas pas moins qu’en suisse). Je respecte la suisse-allemande parce que je la trouve plus ordrée et plus ouverte que la romandie …

    Voilà, moi je suis Suisse, frustré, parfois chauvin et fier de l’être. Je ne pas raciste et mes parents ne m’ont pas regardé bêtement sortir des âneries fétides sans rien me dire lorsque j’étais gamins …

    Yann Moix, rien que son nom est phonétiquement égocentrique …

  10. Je rajouterais également que pour ce qui est de l’enrichissement probablement sous-entendu par supremeNTM, l’affaire à été jugée. Un rapport, long et douloureux a été publié, les critiques ont été faites puis digérées. Les remboursement/dédomagement ont été fait autant que faire se peut. Alors monsieur supremeNTM, est-ce que votre ignorance est tel que vous pensez qu’un peuple entier peu se fouetter/pendre/jeter des pierre à lui même indéfiniment? Que vous apprend-t-on en histoire au lycée? à compter uniquement jusqu’à 16 (comme Louis) ou seulement jusqu’à 3 (comme la république) ?

    Pour ce qui de Moix, je pense qu’il a tout simplement profité du moment ou la Suisse et attaqué de toute part pour se faire un immense coup de pub, voilà ou est la vrais fourberie qui nous intéresse dans ce sujet … Je suis autant révolté contre certains de nos politiciens et de nos banquiers que contre les gens qui rabattent sans cesses des arguments pourris pour se donner raison …

  11. Je viens de vous voir sur « On n’est pas couché »…
    Si je n’avais pas reconnu vos « symptômes » à travers vos paroles, j’aurai dis que vous êtes un pitoyable personnage et que vos propos sont minables et que vos paroles m’ont écœuré !
    Mais en tant que professionnelle de la santé je peux avec une grande certitude poser un diagnostique sur votre cas : vous êtes paranoïa et je vous conseil vivement une thérapie !
    Vous faites plutôt pitié !

  12. En ce qui concerne Polanski- il est belle et bien un pédophile !
    Si vous dites que la mère de la victime aurait du savoir que sa fille peut être en danger si elle fréquente Polanski, cela veut dire que Polanski était connu comme pédophile – donc, il mérite d’autant plus de payer pour ses actes !
    Faut appeler un chat un chat même s’il est Juif et même s’il est un metteur en scène exceptionnel !
    Qu’il paye pour ses actes !
    En ce qui concerne votre haine contre la Suisse… je peux vous redonner le même conseil que dans mon précédent message : soignez votre paranoïa !

  13. Talleyrand disait “tout ce qui est excessif est insignifiant”. Les outrances ordurières du sieur Moix sont telles qu’elle en font un personnage non pas insignifiant, mais inexistant.

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