607 et démographie

Non, ce n’est pas le numéro de la dernière Peugeot mais le nombre de naissances l’année dernière dans le canton du Jura, un chiffre inférieur de 30% de celui d’il y a cinq ans. La situation ne serait pas si catastrophique si le nombre de départs du canton était compensé par le nombre des arrivées, ce qui n’est pas le cas. La conséquence immédiate a été la fermeture de 4,5 classes enfantines cette année et d’une demi-classe élémentaire.
Une officielle s’est exprimée sur le sujet à télé et à la question: “pourquoi les Jurassiens ne font plus d’enfants?” de la journaliste, elle n’a répondu que par la recherche d’une amélioration de la situation économique des jeunes. Certes, il faut aider les jeunes mais le Jura, comme le reste de la Suisse souffre d’un déficit criant de crèches et si on ne bénéficie pas de l’aide d’un grand-parent pour la garde des enfants, la situation devient très difficile.

Le Jura reste cependant le canton avec la natalité la plus forte de la Suisse mais contrairement aux autres, il ne bénéficie que très peu de la migration inter-cantons et de la migration de l’étranger. A terme cependant, c’est toute la Suisse qui souffrira du déficit de naissances: comme chez toute population, il existe une dépendance au niveau des enfants et une dépendance au niveau des personnes âgées. Si la Suisse bénéficie d’une immigration appréciable (20% de sa population est étrangère), cet afflux reste toujours insuffisant pour faire face au vieillissement de sa population et aux problèmes qui vont résulter de ce vieillissement (baisse de la population active, manque de dynamisme de l’économie). Le Japon et l’Allemagne, les modèles économiques des années 80 souffrent déjà d’une longue histoire de leur dénatalité qui mine leur économie.

A terme, avec la natalité de nombreux pays occidentaux (1,2 à 1,5), c’est la disparition pure et simple de ces pays qui est en jeux: les démographes prévoient qu’avec des flux de migrations compensés et avec une telle natalité, un pays voit sa population baisser de 40% par génération! Il faut bien entendu que ce phénomène dure depuis assez longtemps pour qu’il affecte les générations en fin de vie. A partir de ce moment, la baisse est inéluctable et peut être difficilement compensée par l’immigration, aussi massive soit-elle.

Dans l’hypothèse où la natalité reste inchangée, les calculs donnent le vertige. En comptant trois générations par siècle, il reste au bout de 100 ans 0,6*0,6*0,6 soit 0,216 soit environ 21 % de la population originale. Sur deux siècle, c’est encore plus parlant 21%*21% soit environ 5% de la population originale. Autant dire que la majorité des petits pays auront disparus, et ce en moins de temps qui nous sépare de la Révolution française.

La situation n’alarme pas car elle est soit ignorée, soit sous-évaluée. Après tout, ces données semblent invisibles dans le théâtre de nos vies. Invisibles? Sauf dans des petites entités comme le petit canton du Jura. De 19 élèves qui fréquentaient l’école enfantine de mes enfants, il ne sont plus que 15 cette année, et encore sur deux ans. Et sur ces 15, 2 sont les miens. Je comprends mieux la gêne d’une des maîtresses lorsque je lui ai parlé de déménagement.

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7 thoughts on “607 et démographie”

  1. Dans l’hôpital universitaire de Zurich, l’année dernière, 6 femmes ont accouché dans la même soirée. Une vénézuelienne (notre amie), des allemandes, des françaises, des sri lankaises. Même si j’ignore les proportions il est certain que ce soir là, il n’y a pas eu de bébé suisse.
    -raison : il est certain que rien est fait pour aider les mamans. Pas assez de garderies, horaires scolaires désastreux, pas assez de cantines, et la charmante jeune femme dynamique, motivée et intelligente n’a qu’un choix à faire. Boulot ou bébé? Serait-ce un problème culturel bien rétrograde (car il est certain que le manque d’encadrement pour enfants est un frein des municipalité!).
    -Peut-être que ce soir là, les bébés suisses naissaient en clinique privée. Ça rassure pour des raisons qui m’échappent!

  2. Je rejoins le commentaire d’A-So, sur le fait que les mamans doivent laisser tomber leurs envies, besoins, et desirs d’avoir une vie plus personelle et meme un travail.
    Car comme tu l’ecris, l’infrastructure au niveau des creches et autres modes de garderie n’est pas tres glorieuse. Et quand on a pas les grands-parents…
    L’ecole commence assez tardivement aussi, comparee a la France ou des 3 ans, ils peuvent y aller toute la journee.
    Quant aux horaires desastreux et le pathetique manque de cantine scolaire, je crois en avoir deja parle avec une certaine colere sur mon blog.

    Ici les ecoles sont en regroupement scolaire, plusieurs villages se partagent les classes, sous la meme direction.
    Ainsi les premieres annnees vont dans un village voisin, les 2eme annees dans un autre village voisin, les 3eme annees dans notre village… Je ne t’explique pas la cacaphonie d’avoir 3 enfants scolarises dans 3 villages differents! Grrrrr….

  3. La situation démographique de la Suisse est mauvaise, celle de l’Allemagne (que je connais bien), de l’Autriche et d’autres pays sont catastrophiques…

    Dans certaines régions d’Allemagne (Mecklembourg, Poméranie antérieure), on envisage purement et simplement de transformer des pans entiers du territoire en espaces naturels et de raser les derniers villages semi-abandonnés qui restent.

    Paradoxalement, cette grève des ventres sauvera peut-être notre planète.

  4. A-So et Sissi, certes, les aides sociales sont importantes mais je me demande si c’est suffisant. J’en veux pour exemple les États-Unis qui n’en ont aucune et qui sont pratiquement le seul pays développé hormis Israël et l’Islande a renouveler leur population. Peut-être est-ce le fait qu’être mère est plus valorisé dans ce pays.
    Trazom, moi je vois des changements géopolitiques énormes. Des changements culturels, de langues, de religions se feront. Je doute que les frontières restent les mêmes: certains pays vont être phagocytés par d’autres.

  5. Mais dans les pays européens, n’est-il pas une diverge significative entre le taux de natalité des Européens d’origine blanche et des groupes minoritaires (notamment des Musulmans) ? J’ai entendu que le taux pour les derniers était au-dessus de 2,1 enfants par femme. Si c’est le cas, la population européenne ne diminuera pas continuellement, mais plutôt jusqu’au point où la population non-blanche deviendra la majorité.

  6. Il est vrai, en Suisse comme en Allemagne, qu’on relève des différences de natalité entre les groupes de population, mais TOUS les indices de fécondité sont actuellement au-dessous de 2,1, aussi bien de ce côté-ci du Rhin que de l’autre (entre 1,4 et 1,8) et tendent à s’aligner par le bas. Et de toute façon, faute d’immigration (c’est le cas en Allemagne, mais pas en Suisse pour le moment), un cercle vicieux se met en place. Moins de population = moins d’activité = moins de croissance économique = moins d’immigration, etc.

    Tout dépend aussi de la politique migratoire, le cas de la France étant assez exemplaire, de l’accès aux soins, des prestations sociales, des conditions scolaires, etc. En Allemagne, la population diminue depuis quelques années tout simplement parce qu’il n’y pas d’immigration, qu’il n’y a pas de travail et qu’il y a de moins en moins de prestatoins sociales (pb logique de financement). Le coup du phagocytage, je n’y crois donc pas trop. La désertification, oui. Supprimez l’école , l’hôpital et l’usine, avec à la clé une diminution de la population, et il n’y aura pas d’immigration, c’est aussi simple que cela.

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